Charla del profesor Manuel De La Fuente - 05.12.02
 

 

La guerre de l'eau à Cochabamba, Bolivie.
Un mouvement social face à la privatisation des ressources.

Nous parlerons tout d'abord des forces très puissantes qui agissent à l'heure actuelle pour forcer les différents pays de l'Amérique Latine à tout privatiser, les entreprises et les services publics, y compris les services de gestion de l'eau. Nous verrons comment ces forces (les organismes internationaux, dont la Banque Mondiale; les entreprises transnationales ; les gouvernements nationaux et régionaux et les élites locales) ont agi dans ce cas particulier, celui de Cochabamba en Bolivie.

Le cas de la Bolivie nous permettra de mettre en évidence la façon d'opérer des organismes internationaux et des entreprises transnationales et de montrer comment les gouvernements et les élites locales, au service de ces dernières, vont à l'encontre des intérêts de leurs propres populations.

Ce cas nous montre aussi les limites des processus de privatisation. Dans un deuxième temps, nous verrons la réaction de la population qui, face à un contrat de privatisation de l'eau qui lui était très défavorable, s'est révoltée de façon extraordinaire, forçant le gouvernement à rompre le contrat du service d'eau potable avec « Aguas del Tunari », un consortium dirigé par Bechtel. Cette entreprise transnationale aurait fait de très gros bénéfices, en ayant le monopole du service de l'eau et la possibilité d'imposer des tarifs à son gré.

De plus, nous montrerons comment les manifestations et les pressions de la population, en particulier celles des paysans, ont forcé le gouvernement à modifier une loi sur l'eau, qui proposait d'en faire une marchandise. Ces luttes ont forcé le gouvernement à adopter une autre loi qui considère l'eau comme un bien publique et non comme une marchandise, une loi qui respecte les modes de gestion de l'eau en Bolivie selon les coutumes traditionnelles des paysans et des indigènes.

Mais la bataille n'a pas pris fin avec l'expulsion de « Aguas del Tunari »  ou la promulgation d'une nouvelle loi. C'est pourquoi, dans un troisième temps, nous verrons comment la population de la ville de Cochabamba s'organise à l'heure actuelle pour mettre en place un service d'eau accessible à tous, à des prix raisonnables et avec un contrôle social sur l'entreprise publique SEMAPA, qui se charge maintenant de fournir l'eau à la population. Nous constaterons aussi la lutte qui se mène au niveau international contre les prétentions de l'entreprise Bechtel qui réclame désormais une indemnisation au gouvernement bolivien.

Nous évoquerons, enfin, la manière dont les regantes, c'est-à-dire les associations qui contrôlent les systèmes d'irrigation dans la campagne de Cochabamba jouent un rôle très actif dans ce conflit, afin d'éviter, en premier lieu que le gouvernement modifie l'esprit de la loi au moment de sa « réglementation »  et ensuite pour construire une organisation de regantes au niveau national.

Tâches assez difficiles puisque les forces très puissantes dont nous avons parlé sont en train de revenir à la charge pour détruire le mouvement social qui s'est créé. C'est pourquoi la solidarité internationale avec le mouvement social en Bolivie est impératif !.

 

1. Les forces en présence

- La Banque Mondiale (BM)
La Banque Mondiale a une très grande influence en Amérique Latine, surtout depuis la crise de la dette extérieure des années 80. C'est pourquoi il est important de voir quelle est sa position par rapport à la question de l'eau.
Si l'on retient l'essentiel de la position de la Banque Mondiale, on peut dire que pour elle l'eau, est un bien comme n'importe quel autre. En partant de cette logique, la banque propose des politiques de « full cost recovery », ce qui veut dire que les consommateurs doivent payer pour les coûts de l'approvisionnement. Ceci implique donc que le gouvernement ne doit en aucun cas subventionner ce service.

C'est en suivant cette logique et en constatant qu'il fallait augmenter les investissements pour pouvoir donner accès à l'eau à toute la population (le tiers des résidents de Cochabamba n'a pas accès à l'eau), que la BM a préconisé en 1994 la privatisation de SEMAPA, entreprise municipale du service d'eau. C'était la condition imposée à la municipalité, pour qu'elle puisse obtenir les crédits supplémentaires afin de permettre à toute la population de disposer de cette ressource.

En 1999, la BM renouvelle sa demande et préconise un ajustement des tarifs sur les coûts réels du service. De plus, cette augmentation doit permettre, selon elle, de couvrir les coûts de l'expansion du réseau, particulièrement le développement du projet Misicuni, qui consistait, en bref, à creuser un conduit acheminant l'eau jusqu'à la vallée de Cochabamba.

Fort de ces considérations et avec ces règles du jeu, la BM a forcé la municipalité de Cochabamba à ne plus subventionner le service d'eau. D'autre part, la municipalité et le gouvernement central, utilisant l'argument selon lequel ils n'avaient pas les fonds suffisants pour investir, cautionnaient la privatisation de SEMAPA.

- Les entreprises transnationales
Suivant ces recommandations, le gouvernement bolivien décide en 1999 de privatiser SEMAPA et fait un appel d'offre. Une seule entreprise s'est présenté : « Aguas del Tunari », un consortium qui au départ avait son siège dans les îles Caïman, pour ensuite se transférer en Hollande (nous verrons par la suite pourquoi ce changement d'implantation). Ce consortium appartient aux plus importantes entreprises mondiales du business de l'eau, 50 % des actions appartiennent à International Water Limited, propriété de Bechtel aux États-Unis et d'Edison en Italie. 25 % des actions appartiennent à Abengoa en Espagne et le reste aux Boliviens. Mais qui sont ces Boliviens ?. Ce sont des entrepreneurs très liés au parti du gouvernement. De cette manière, les entreprises transnationales espèrent s'assurer une protection du gouvernement.

- Le Gouvernement bolivien
Ce gouvernement n'a pas fait d'efforts, c'est le moins que l'on puisse dire, pour obtenir un bon contrat. Au contraire, il l'a très « mal négocié » donnant tout ce que le consortium « Aguas del Tunari » voulait. Mais pourquoi la Bolivie a-t-elle agit ainsi ?. Depuis 1985, le gouvernement est en train de mettre sur pied un modèle néolibéral, qui cherche à incorporer la Bolivie dans la globalisation. Modèle de libre-échange, modèle de laissez-faire, modèle qui cherche à attirer des entreprises transnationales. Modèle donc, qui n'est pas trop regardant sur les conditions des investissements étrangers.

Le gouvernement bolivien a aussi très mal négocié, du fait qu'il n'a pas de fonctionnaires « indépendants » capables de saisir tous les enjeux d'un contrat. Cette situation est révélatrice d'un des graves problèmes de la plus part des pays du Sud incapables de négocier et de défendre les intérêts nationaux. A l'heure actuelle vu le nombre de négociations au sein de l'OMC, de la ZLEA, etc. c'est un très grave problème.

En évoquant l'absence de fonctionnaires indépendants, nous faisions référence au fait qu'en Bolivie, ceux-ci représentent, généralement, les intérêts des grandes entreprises, des groupes, ou tout simplement les intérêts de leur famille. La Bolivie est un des pays le plus corrompus de l'Amérique du Sud, alors il est très probable, et tout le monde le disait, que les fonctionnaires qui ont négocié le contrat avec « Aguas del Tunari » aient reçu des pots-de-vin. Évidemment, cela reste difficile à prouver.

- Les élites locales
Les élites locales et le maire ont pleinement approuvé le contrat et l'ont même célébré pensant que le grand problème de l'eau allait être enfin résolu. Rappelons que le tiers de la population de Cochabamba n'est pas connectée au réseau d'eau potable. Mais voilà que les choses ne se sont pas déroulées comme prévu puisque dès que le contrat fut appliqué, le prix de l'eau a augmenté, dans certains cas de plus de 100 %. De plus, ceux qui n'avaient pas accès à l'eau ont aussi reçu des factures qu'ils devaient payer pour un service censé arriver dans un futur proche, dans quelques mois ou dans quelques années. Évidemment, la réaction de la population ne s'est pas fait attendre. Tout le monde s'est violemment opposé au contrat.

Avant d'entrer dans le détail du conflit, rappelons qu'au même moment le gouvernement a promulgué la loi du Service d'eau potable, loi qui donne le monopole de l'approvisionnement en eau à l'entreprise privée qui reçoit une concession dans une région donnée. Pour Cochabamba, cela signifiait qu'on obligeait tout le monde, coopératives et associations de regantes (systèmes d'irrigation), à se connecter au réseau du concessionnaire, en l'occurrence, le consortium « Aguas del Tunari ». L'aberration de cette loi a permis, entre autre, l'alliance entre les populations citadines et paysannes pour faire front commun dans ce conflit.

 

2. La résistance

La vague de protestation a reçu l'appui de larges secteurs de la population: corporations professionnelles, associations de quartiers, syndicats ainsi que des paysans. Le tout dirigé par une organisation crée sur le tas, la « Coordinadora en defensa del agua y de la vida», qui regroupe aussi bien les organisations de la ville et de la campagne. Il y avait un consensus à vouloir mettre dehors « Aguas del Tunari » et à exiger des modifications importantes de la loi. L'objectif était d'éviter que l'eau ne devienne une marchandise et de garantir le respect des us et coutumes traditionnels de l'eau dans les campagnes.

D'où vient la force de cette structure qu'est la Coordinadora ?. C'est une organisation très horizontale qui a su mobiliser le capital social et le capital communautaire qui existent en Bolivie. Pendant tout le conflit, la Coordinadora a fait de multiples réunions, où tout le monde pouvait s'exprimer librement.

Ce mouvement de résistance a donné lieu à deux vagues de protestation en janvier et février 2000. Chacune s'est terminée par un accord dans lequel le gouvernement s'engageait à réviser les tarifs et la Loi de l'eau. En fait, Il faisait des promesses, disait qu'il allait négocier mais il n'agissait pas. Cette attitude a alimenté le mécontentement populaire.

En mars, la Coordinadora a demandé un référendum, auquel ont participé près de 50.000 personnes, un nombre très important. Forte de cet appui, la Coordinadora a fait appel au peuple, en avril, pour se mobiliser une nouvelle fois. Des manifestations et des barrages de rues ont eu lieu. Tout le monde y a participé.

Face à l'ampleur de la protestation, le gouvernement envoie l'armée et décrète l'état de siège. Cependant, au lieu de calmer les esprits, la colère de la population augmente et elle continue de se battre dans les rues. Bien que le gouvernement emprisonne et éloigne les dirigeants de la Coordinadora, la population continue à protester. Après des journées de combats très violents qui ont fait un mort et des centaines de blessés, l'état a dû négocier. Les propositions de la Coordinadora ont été acceptées. « Aguas del Tunari » a dû partir et le gouvernement a été contraint de modifier la Loi sur l'eau.

 

3. Les enjeux actuels

Mais la question de l'eau en Bolivie n'est pas résolue pour autant. Dans les semaines qui ont suivi, la Banque Mondiale, le Fonds Monétaire International, le gouvernement bolivien et les élites locales sont revenus à la charge en essayant de détruire le puissant mouvement social créé autour de la question de l'eau.

Ils utilisent plusieurs mécanismes. D'abord, il faut savoir que la SEMAPA avait une dette de plus de 20 millions de dollars et que l'état voulait que cette dette soit payée rapidement. Le but était d'étouffer la SEMAPA et de l'empêcher d'améliorer le service. Le gouvernement voulait démontrer ainsi, qu'une entreprise municipale telle que la SEMAPA, ayant un certain contrôle social, n'avait guère d'avenir. Les gens qui n'avaient pas d'eau continueraient à ne pas en avoir. La population, face à cette pression, a déclenché des manifestations pour demander l'annulation de la dette. Ces luttes ont eu certains résultats puisque la dette a été diminuée de quelques millions de dollars et des délais de remboursement rallongés.

De plus, il y a eu une campagne médiatique pour dénoncer des irrégularités au sein de la SEMAPA, et également des erreurs de gestion des responsables de la Coordinadora. Selon la presse, des dirigeants de la Coordinadora obligeraient la direction de la SEMAPA à engager leur proches parents, alors que la SEMAPA s'était engagée fonctionner sur la base d'un recrutement par concours et non par clientélisme.

De son côté, sous la direction de Bechtel, « Aguas del Tunari » veut récupérer les soi-disant investissements. Bechtel a essayé tout d'abord de négocier avec le gouvernement, mais sans succès. Maintenant cette entreprise transnationale a saisi les tribunaux internationaux, et porté plainte contre le gouvernement bolivien auprès du Centre International de règlement des litiges en matière d'investissements (ICSID), basé à Washington. Elle réclame 25 millions de dollars d'indemnisation, somme qui correspond au profit qu'elle aurait fait, selon elle, si elle avait continué à gérer l'eau de Cochabamba.

La lutte pour éviter que la Bolivie paie ces 25 millions de dollars est donc un nouveau chapitre de la guerre de l'eau à Cochabamba. Quatre comités se sont formés. Le premier s'est constitué en Bolivie, sous l'impulsion de la Coordinadora pour faire pression sur le gouvernement afin de le convaincre, d'une part, de ne rien payer, et d'autre part pour qu'il organise une bonne défense devant les tribunaux et, enfin, pour empêcher d'éventuelles négociations en dessous de table avec la Bechtel.

Le deuxième comité a été crée à San Francisco, siège de la Bechtel, avec l'aide des syndicats étasuniens pour faire pression sur l'entreprise afin qu'elle retire sa plainte. Il y a eu une manifestation le 23 avril devant le bâtiment de celle-ci.

Un troisième comité a été créé à Washington où se trouve le bureau du Centre International de Règlement des Litiges en matière d'Investissement. Il a été constitué par des avocats qui mettent au point une stratégie légale de défense.

Finalement, un dernier comité a été créé en Hollande, justement là où « Aguas del Tunari » avait déplacé son siège. En fait, ce transfert s'explique par le fait que la Bolivie a un accord bilatéral de protection des investissements avec la Hollande. C'est en profitant de cet accord que Bechtel a pu porter plainte contre le gouvernement bolivien. Donc actuellement, ce quatrième comité cherche à influencer le gouvernement hollandais afin qu'il cesse d'appuyer la Bechtel. Il avance l'argument selon lequel la Hollande a une attitude contradictoire entre, d'un côté, son aide effective en matière de coopération et de développement en Bolivie (elle appuie en particulier le secteur paysan) et, de l'autre, le soutien d'une entreprise pour le moins controversée. Il faut rappeler que ce consortium ne comptait investir que 50 000 dollars alors qu'un système d'eau efficace, aurait coûté au minimum 400 millions de dollars.

En résumé, le gouvernement et les entreprises transnationales cherchent à bâillonner cette extraordinaire contestation sociale. Ils espèrent qu'avec le temps, le mouvement s'essouffle et que la population perde confiance dans la Coordinadora.

Consciente de ce danger, la Coordinadora, de son côté, a réussi, en partie, la consolidation de la SEMAPA. Consolider la SEMAPA voulait dire surtout lui donner une reconnaissance institutionnelle. En effet, depuis la victoire d'avril, la SEMAPA était dotée d'une direction temporaire qui avait été crée dans l'urgence des événements. Très vite, cette direction a été contestée par le gouvernement et les élites locales. Donc pour éviter cette remise en cause, la Coordinadora voulait que la direction soit élue démocratiquement, par la population de Cochabamba. En fait, elle a obtenu en d'avril 2002 que trois personnes sur 7 soient élues de cette manière et que les autres membres du conseil d'administration soient nommés par l'état. Ce fût donc une victoire partielle ayant permis plus de transparence, une certaine participation et un contrôle social de la part de la population de Cochabamba.

En outre, les organisations des regantes, membres de la Coordinadora, sont très actives dans cette lutte. Ils cherchent à ce que la réglementation sur l'eau, qui est en train de se discuter, soit conforme aux principes de la nouvelle loi sur l'eau qui avait été édictée en avril 2000 suite au conflit à Cochabamba.

Les regantes veulent avoir le contrôle de leurs systèmes actuels d'irrigation, pour une durée indéterminée. En effet, dans la nouvelle réglementation, il apparaît que les regantes, pour avoir accès à l'eau, doivent demander un permis tous les deux ans. Or ils ne veulent pas courir le risque de ne pas l'obtenir. C'est pourquoi ils veulent que les systèmes qui fonctionnent actuellement jouissent automatiquement d'un permis, tout au moins tant que le service fonctionne.

D'autre part, la bataille se cristallise autour de ce que l'on appelle les superintendencias (superviseurs). Le gouvernement voudrait qu'il y ait une autorité ou une instance non gouvernementale, non « politisée ». Elle aurait, soi-disant, une fonction purement technique et serait chargée de résoudre les problèmes. Les opposants contestent le bien-fondé de ces superintendencias et veulent que le gouvernement crée plutôt un "Conseil de l'eau" où l'on trouverait des représentants du gouvernement et des associations de regantes. Un conseil de cette nature permettrait un certain contrôle social.

Un autre point important de la lutte actuelle, c'est la constitution d'une association nationale de regantes. À Cochabamba il y a déjà la Fédération des Associations de regantes. C'est justement elle qui serait représentée au Conseil de l'eau, si celui-ci était créé. De plus, la Coordinadora et les regantes veulent que les prix d'eau soient fixés au niveau local, dans les municipalités, entre la Mairie et les populations locales, et non pas au niveau national par les superviseurs.

Finalement, un dernier point de la lutte actuelle tourne autour de la question de l'exportation de l'eau. Le gouvernement veut vendre de l'eau au Chili sans même avoir évalué les impacts que cela aurait sur les systèmes d'approvisionnement des populations frontalières. Sur cette question, la lutte a permis de freiner les intentions du gouvernement.

 

4. En guise de conclusion

En guise de conclusion, tirons quelques leçons de cette guerre de l'eau pour le futur de la Bolivie. Elle a montré que la population est exaspérée par la corruption, fatiguée qu'on fassent d'énormes profits sur leur dos, ceci dans un pays qui, rappelons-le, est le plus pauvre d'Amérique du Sud. Le revenu moyen par habitant est de 2000 us$/année, ce qui est largement en déca des normes européennes

Les luttes autour de l'eau ont également montré que les gens ne veulent plus d'une Bolivie autoritaire, plus de cette Bolivie qui a toujours régné sans demander l'avis du peuple. Quand les différents gouvernements ont déclaré l'état de siège pour toujours imposer leurs conditions, sans écouter les citoyens, le peuple n'avait d'autre choix que d'obéir. Mais voilà qu'en avril 2000, c'est le contraire qui se produisit. Le gouvernement dû céder en tout, dû accepter les revendications de la population. « Aguas del Tunari » dû partir et une nouvelle loi de l'eau fût promulguée.

De plus, les luttes autour de l'eau ont condamné la Bolivie méprisante et paternaliste vis à vis des indiens. Traditionnellement, ce sont les « blancs », les gens des villes qui font les lois, qui se croient les seuls capables de gérer le pays. Mais voilà que maintenant les paysans, les regantes, ont démontré dans la pratique une très grande capacité d'initiative. Ils ont réussi à changer la loi.

De même, la Coordinadora a démontré une formidable capacité à penser un autre modèle d'entreprises véritablement au service des populations. Une entreprise autogérée avec un grand contrôle social dont le sort dépendra, plus que jamais, de la participation effective et durable des usagers de l'eau.

On peut alors rêver d'une autre Bolivie, d'une Bolivie plus juste. Mais pour réussir, pour que l'eau ne devienne pas une marchandise, il faut encore se battre et faire appel à la solidarité internationale.

Mais on peut aussi rêver d'un autre monde possible. Car ce combat contre la multinationale qu'est la Bechtel est à la fois exemplaire et symptomatique d'une lutte plus générale qu'il faut mener à l'échelle mondiale. À l'image du combat qui a empêché que l'Accord Multilatéral sur les Investissements (AMI) soit adopté au niveau international.

Manuel De La Fuente - profesor de economia de la Universidad Mayor de San Simon y director del Centro de Investigaciones en planificación y gestion (CEPLAG-UMSS)

 

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