La guerre de l'eau à Cochabamba,
Bolivie.
Un mouvement social face à la privatisation des ressources.
Nous parlerons tout d'abord des forces très
puissantes qui agissent à l'heure actuelle pour forcer
les différents pays de l'Amérique Latine à
tout privatiser, les entreprises et les services publics, y compris
les services de gestion de l'eau. Nous verrons comment ces forces
(les organismes internationaux, dont la Banque Mondiale; les
entreprises transnationales ; les gouvernements nationaux
et régionaux et les élites locales) ont agi dans
ce cas particulier, celui de Cochabamba en Bolivie.
Le cas de la Bolivie nous permettra de mettre en évidence
la façon d'opérer des organismes internationaux
et des entreprises transnationales et de montrer comment les
gouvernements et les élites locales, au service de ces
dernières, vont à l'encontre des intérêts
de leurs propres populations.
Ce cas nous montre aussi les limites des processus de privatisation.
Dans un deuxième temps, nous verrons la réaction
de la population qui, face à un contrat de privatisation
de l'eau qui lui était très défavorable,
s'est révoltée de façon extraordinaire,
forçant le gouvernement à rompre le contrat du
service d'eau potable avec « Aguas del Tunari »,
un consortium dirigé par Bechtel. Cette entreprise transnationale
aurait fait de très gros bénéfices, en ayant
le monopole du service de l'eau et la possibilité d'imposer
des tarifs à son gré.
De plus, nous montrerons comment les manifestations et les
pressions de la population, en particulier celles des paysans,
ont forcé le gouvernement à modifier une loi sur
l'eau, qui proposait d'en faire une marchandise. Ces luttes ont
forcé le gouvernement à adopter une autre loi qui
considère l'eau comme un bien publique et non comme une
marchandise, une loi qui respecte les modes de gestion de l'eau
en Bolivie selon les coutumes traditionnelles des paysans et
des indigènes.
Mais la bataille n'a pas pris fin avec l'expulsion de « Aguas
del Tunari » ou la promulgation d'une nouvelle
loi. C'est pourquoi, dans un troisième temps, nous verrons
comment la population de la ville de Cochabamba s'organise à
l'heure actuelle pour mettre en place un service d'eau accessible
à tous, à des prix raisonnables et avec un contrôle
social sur l'entreprise publique SEMAPA, qui se charge maintenant
de fournir l'eau à la population. Nous constaterons aussi
la lutte qui se mène au niveau international contre les
prétentions de l'entreprise Bechtel qui réclame
désormais une indemnisation au gouvernement bolivien.
Nous évoquerons, enfin, la manière dont les regantes,
c'est-à-dire les associations qui contrôlent les
systèmes d'irrigation dans la campagne de Cochabamba jouent
un rôle très actif dans ce conflit, afin d'éviter,
en premier lieu que le gouvernement modifie l'esprit de la loi
au moment de sa « réglementation »
et ensuite pour construire une organisation de regantes
au niveau national.
Tâches assez difficiles puisque les forces très
puissantes dont nous avons parlé sont en train de revenir
à la charge pour détruire le mouvement social qui
s'est créé. C'est pourquoi la solidarité
internationale avec le mouvement social en Bolivie est impératif
!.
1. Les forces en présence
- La Banque Mondiale (BM) 
La Banque Mondiale a une très grande influence en Amérique
Latine, surtout depuis la crise de la dette extérieure
des années 80. C'est pourquoi il est important de voir
quelle est sa position par rapport à la question de l'eau.
Si l'on retient l'essentiel de la position de la Banque Mondiale,
on peut dire que pour elle l'eau, est un bien comme n'importe
quel autre. En partant de cette logique, la banque propose des
politiques de « full cost recovery »,
ce qui veut dire que les consommateurs doivent payer pour les
coûts de l'approvisionnement. Ceci implique donc que le
gouvernement ne doit en aucun cas subventionner ce service.
C'est en suivant cette logique et en constatant qu'il fallait
augmenter les investissements pour pouvoir donner accès
à l'eau à toute la population (le tiers des résidents
de Cochabamba n'a pas accès à l'eau), que la BM
a préconisé en 1994 la privatisation de SEMAPA,
entreprise municipale du service d'eau. C'était la condition
imposée à la municipalité, pour qu'elle
puisse obtenir les crédits supplémentaires afin
de permettre à toute la population de disposer de cette
ressource.
En 1999, la BM renouvelle sa demande et préconise un
ajustement des tarifs sur les coûts réels du service.
De plus, cette augmentation doit permettre, selon elle, de couvrir
les coûts de l'expansion du réseau, particulièrement
le développement du projet Misicuni, qui consistait, en
bref, à creuser un conduit acheminant l'eau jusqu'à
la vallée de Cochabamba.
Fort de ces considérations et avec ces règles
du jeu, la BM a forcé la municipalité de Cochabamba
à ne plus subventionner le service d'eau. D'autre part,
la municipalité et le gouvernement central, utilisant
l'argument selon lequel ils n'avaient pas les fonds suffisants
pour investir, cautionnaient la privatisation de SEMAPA.
- Les entreprises transnationales
Suivant ces recommandations, le gouvernement bolivien décide
en 1999 de privatiser SEMAPA et fait un appel d'offre. Une seule
entreprise s'est présenté : « Aguas
del Tunari », un consortium qui au départ avait
son siège dans les îles Caïman, pour ensuite
se transférer en Hollande (nous verrons par la suite pourquoi
ce changement d'implantation). Ce consortium appartient aux plus
importantes entreprises mondiales du business de l'eau, 50 %
des actions appartiennent à International Water Limited,
propriété de Bechtel aux États-Unis et d'Edison
en Italie. 25 % des actions appartiennent à Abengoa en
Espagne et le reste aux Boliviens. Mais qui sont ces Boliviens ?.
Ce sont des entrepreneurs très liés au parti du
gouvernement. De cette manière, les entreprises transnationales
espèrent s'assurer une protection du gouvernement.
- Le Gouvernement bolivien
Ce gouvernement n'a pas fait d'efforts, c'est le moins que l'on
puisse dire, pour obtenir un bon contrat. Au contraire, il l'a
très « mal négocié »
donnant tout ce que le consortium « Aguas del Tunari »
voulait. Mais pourquoi la Bolivie a-t-elle agit ainsi ?. Depuis
1985, le gouvernement est en train de mettre sur pied un modèle
néolibéral, qui cherche à incorporer la
Bolivie dans la globalisation. Modèle de libre-échange,
modèle de laissez-faire, modèle qui cherche à
attirer des entreprises transnationales. Modèle donc,
qui n'est pas trop regardant sur les conditions des investissements
étrangers.
Le gouvernement bolivien a aussi très mal négocié,
du fait qu'il n'a pas de fonctionnaires « indépendants »
capables de saisir tous les enjeux d'un contrat. Cette situation
est révélatrice d'un des graves problèmes
de la plus part des pays du Sud incapables de négocier
et de défendre les intérêts nationaux. A
l'heure actuelle vu le nombre de négociations au sein
de l'OMC, de la ZLEA, etc. c'est un très grave problème.
En évoquant l'absence de fonctionnaires indépendants,
nous faisions référence au fait qu'en Bolivie,
ceux-ci représentent, généralement, les
intérêts des grandes entreprises, des groupes, ou
tout simplement les intérêts de leur famille. La
Bolivie est un des pays le plus corrompus de l'Amérique
du Sud, alors il est très probable, et tout le monde le
disait, que les fonctionnaires qui ont négocié
le contrat avec « Aguas del Tunari » aient
reçu des pots-de-vin. Évidemment, cela reste difficile
à prouver.
- Les élites locales
Les élites locales et le maire ont pleinement approuvé
le contrat et l'ont même célébré pensant
que le grand problème de l'eau allait être enfin
résolu. Rappelons que le tiers de la population de Cochabamba
n'est pas connectée au réseau d'eau potable. Mais
voilà que les choses ne se sont pas déroulées
comme prévu puisque dès que le contrat fut appliqué,
le prix de l'eau a augmenté, dans certains cas de plus
de 100 %. De plus, ceux qui n'avaient pas accès
à l'eau ont aussi reçu des factures qu'ils devaient
payer pour un service censé arriver dans un futur proche,
dans quelques mois ou dans quelques années. Évidemment,
la réaction de la population ne s'est pas fait attendre.
Tout le monde s'est violemment opposé au contrat.
Avant d'entrer dans le détail du conflit, rappelons
qu'au même moment le gouvernement a promulgué la
loi du Service d'eau potable, loi qui donne le monopole de l'approvisionnement
en eau à l'entreprise privée qui reçoit
une concession dans une région donnée. Pour Cochabamba,
cela signifiait qu'on obligeait tout le monde, coopératives
et associations de regantes (systèmes d'irrigation),
à se connecter au réseau du concessionnaire, en
l'occurrence, le consortium « Aguas del Tunari ».
L'aberration de cette loi a permis, entre autre, l'alliance entre
les populations citadines et paysannes pour faire front commun
dans ce conflit.
2. La résistance
La vague de protestation a reçu l'appui de larges secteurs
de la population: corporations professionnelles, associations
de quartiers, syndicats ainsi que des paysans. Le tout dirigé
par une organisation crée sur le tas, la « Coordinadora
en defensa del agua y de la vida», qui regroupe
aussi bien les organisations de la ville et de la campagne. Il
y avait un consensus à vouloir mettre dehors « Aguas
del Tunari » et à exiger des modifications
importantes de la loi. L'objectif était d'éviter
que l'eau ne devienne une marchandise et de garantir le respect
des us et coutumes traditionnels de l'eau dans les campagnes.
D'où vient la force de cette structure qu'est la Coordinadora
?. C'est une organisation très horizontale qui a su mobiliser
le capital social et le capital communautaire qui existent en
Bolivie. Pendant tout le conflit, la Coordinadora a fait
de multiples réunions, où tout le monde pouvait
s'exprimer librement.
Ce mouvement de résistance a donné lieu à
deux vagues de protestation en janvier et février 2000.
Chacune s'est terminée par un accord dans lequel le gouvernement
s'engageait à réviser les tarifs et la Loi de l'eau.
En fait, Il faisait des promesses, disait qu'il allait négocier
mais il n'agissait pas. Cette attitude a alimenté le mécontentement
populaire.
En mars, la Coordinadora a demandé un référendum,
auquel ont participé près de 50.000 personnes,
un nombre très important. Forte de cet appui, la Coordinadora
a fait appel au peuple, en avril, pour se mobiliser une nouvelle
fois. Des manifestations et des barrages de rues ont eu lieu.
Tout le monde y a participé.
Face à l'ampleur de la protestation, le gouvernement
envoie l'armée et décrète l'état
de siège. Cependant, au lieu de calmer les esprits, la
colère de la population augmente et elle continue de se
battre dans les rues. Bien que le gouvernement emprisonne et
éloigne les dirigeants de la Coordinadora, la population
continue à protester. Après des journées
de combats très violents qui ont fait un mort et des centaines
de blessés, l'état a dû négocier.
Les propositions de la Coordinadora ont été
acceptées. « Aguas del Tunari »
a dû partir et le gouvernement a été contraint
de modifier la Loi sur l'eau.
3. Les enjeux actuels
Mais la question de l'eau en Bolivie n'est pas résolue
pour autant. Dans les semaines qui ont suivi, la Banque Mondiale,
le Fonds Monétaire International, le gouvernement bolivien
et les élites locales sont revenus à la charge
en essayant de détruire le puissant mouvement social créé
autour de la question de l'eau.
Ils utilisent plusieurs mécanismes. D'abord, il faut
savoir que la SEMAPA avait une dette de plus de 20 millions de
dollars et que l'état voulait que cette dette soit payée
rapidement. Le but était d'étouffer la SEMAPA et
de l'empêcher d'améliorer le service. Le gouvernement
voulait démontrer ainsi, qu'une entreprise municipale
telle que la SEMAPA, ayant un certain contrôle social,
n'avait guère d'avenir. Les gens qui n'avaient pas d'eau
continueraient à ne pas en avoir. La population, face
à cette pression, a déclenché des manifestations
pour demander l'annulation de la dette. Ces luttes ont eu certains
résultats puisque la dette a été diminuée
de quelques millions de dollars et des délais de remboursement
rallongés.
De plus, il y a eu une campagne médiatique pour dénoncer
des irrégularités au sein de la SEMAPA, et également
des erreurs de gestion des responsables de la Coordinadora.
Selon la presse, des dirigeants de la Coordinadora obligeraient
la direction de la SEMAPA à engager leur proches parents,
alors que la SEMAPA s'était engagée fonctionner
sur la base d'un recrutement par concours et non par clientélisme.
De son côté, sous la direction de Bechtel, « Aguas
del Tunari » veut récupérer les soi-disant
investissements. Bechtel a essayé tout d'abord de négocier
avec le gouvernement, mais sans succès. Maintenant cette
entreprise transnationale a saisi les tribunaux internationaux,
et porté plainte contre le gouvernement bolivien auprès
du Centre International de règlement des litiges en matière
d'investissements (ICSID), basé à Washington. Elle
réclame 25 millions de dollars d'indemnisation, somme
qui correspond au profit qu'elle aurait fait, selon elle, si
elle avait continué à gérer l'eau de Cochabamba.
La lutte pour éviter que la Bolivie paie ces 25 millions
de dollars est donc un nouveau chapitre de la guerre de l'eau
à Cochabamba. Quatre comités se sont formés.
Le premier s'est constitué en Bolivie, sous l'impulsion
de la Coordinadora pour faire pression sur le gouvernement
afin de le convaincre, d'une part, de ne rien payer, et d'autre
part pour qu'il organise une bonne défense devant les
tribunaux et, enfin, pour empêcher d'éventuelles
négociations en dessous de table avec la Bechtel.
Le deuxième comité a été crée
à San Francisco, siège de la Bechtel, avec l'aide
des syndicats étasuniens pour faire pression sur l'entreprise
afin qu'elle retire sa plainte. Il y a eu une manifestation le
23 avril devant le bâtiment de celle-ci.
Un troisième comité a été créé
à Washington où se trouve le bureau du Centre International
de Règlement des Litiges en matière d'Investissement.
Il a été constitué par des avocats qui mettent
au point une stratégie légale de défense.
Finalement, un dernier comité a été créé
en Hollande, justement là où « Aguas
del Tunari » avait déplacé son siège.
En fait, ce transfert s'explique par le fait que la Bolivie a
un accord bilatéral de protection des investissements
avec la Hollande. C'est en profitant de cet accord que Bechtel
a pu porter plainte contre le gouvernement bolivien. Donc actuellement,
ce quatrième comité cherche à influencer
le gouvernement hollandais afin qu'il cesse d'appuyer la Bechtel.
Il avance l'argument selon lequel la Hollande a une attitude
contradictoire entre, d'un côté, son aide effective
en matière de coopération et de développement
en Bolivie (elle appuie en particulier le secteur paysan) et,
de l'autre, le soutien d'une entreprise pour le moins controversée.
Il faut rappeler que ce consortium ne comptait investir que 50
000 dollars alors qu'un système d'eau efficace, aurait
coûté au minimum 400 millions de dollars.
En résumé, le gouvernement et les entreprises
transnationales cherchent à bâillonner cette extraordinaire
contestation sociale. Ils espèrent qu'avec le temps, le
mouvement s'essouffle et que la population perde confiance dans
la Coordinadora.
Consciente de ce danger, la Coordinadora, de son côté,
a réussi, en partie, la consolidation de la SEMAPA. Consolider
la SEMAPA voulait dire surtout lui donner une reconnaissance
institutionnelle. En effet, depuis la victoire d'avril, la SEMAPA
était dotée d'une direction temporaire qui avait
été crée dans l'urgence des événements.
Très vite, cette direction a été contestée
par le gouvernement et les élites locales. Donc pour éviter
cette remise en cause, la Coordinadora voulait que la
direction soit élue démocratiquement, par la population
de Cochabamba. En fait, elle a obtenu en d'avril 2002 que trois
personnes sur 7 soient élues de cette manière et
que les autres membres du conseil d'administration soient nommés
par l'état. Ce fût donc une victoire partielle ayant
permis plus de transparence, une certaine participation et un
contrôle social de la part de la population de Cochabamba.
En outre, les organisations des regantes, membres de
la Coordinadora, sont très actives dans cette lutte.
Ils cherchent à ce que la réglementation sur l'eau,
qui est en train de se discuter, soit conforme aux principes
de la nouvelle loi sur l'eau qui avait été édictée
en avril 2000 suite au conflit à Cochabamba.
Les regantes veulent avoir le contrôle de leurs
systèmes actuels d'irrigation, pour une durée indéterminée.
En effet, dans la nouvelle réglementation, il apparaît
que les regantes, pour avoir accès à l'eau,
doivent demander un permis tous les deux ans. Or ils ne veulent
pas courir le risque de ne pas l'obtenir. C'est pourquoi ils
veulent que les systèmes qui fonctionnent actuellement
jouissent automatiquement d'un permis, tout au moins tant que
le service fonctionne.
D'autre part, la bataille se cristallise autour de ce que
l'on appelle les superintendencias (superviseurs). Le
gouvernement voudrait qu'il y ait une autorité ou une
instance non gouvernementale, non « politisée ».
Elle aurait, soi-disant, une fonction purement technique et serait
chargée de résoudre les problèmes. Les opposants
contestent le bien-fondé de ces superintendencias
et veulent que le gouvernement crée plutôt un "Conseil
de l'eau" où l'on trouverait des représentants
du gouvernement et des associations de regantes. Un conseil
de cette nature permettrait un certain contrôle social.
Un autre point important de la lutte actuelle, c'est la constitution
d'une association nationale de regantes. À Cochabamba
il y a déjà la Fédération des Associations
de regantes. C'est justement elle qui serait représentée
au Conseil de l'eau, si celui-ci était créé.
De plus, la Coordinadora et les regantes veulent
que les prix d'eau soient fixés au niveau local, dans
les municipalités, entre la Mairie et les populations
locales, et non pas au niveau national par les superviseurs.
Finalement, un dernier point de la lutte actuelle tourne autour
de la question de l'exportation de l'eau. Le gouvernement veut
vendre de l'eau au Chili sans même avoir évalué
les impacts que cela aurait sur les systèmes d'approvisionnement
des populations frontalières. Sur cette question, la lutte
a permis de freiner les intentions du gouvernement. 
4. En
guise de conclusion
En guise de conclusion, tirons quelques leçons de cette
guerre de l'eau pour le futur de la Bolivie. Elle a montré
que la population est exaspérée par la corruption,
fatiguée qu'on fassent d'énormes profits sur leur
dos, ceci dans un pays qui, rappelons-le, est le plus pauvre
d'Amérique du Sud. Le revenu moyen par habitant est de
2000 us$/année, ce qui est largement en déca des
normes européennes
Les luttes autour de l'eau ont également montré
que les gens ne veulent plus d'une Bolivie autoritaire, plus
de cette Bolivie qui a toujours régné sans demander
l'avis du peuple. Quand les différents gouvernements ont
déclaré l'état de siège pour toujours
imposer leurs conditions, sans écouter les citoyens, le
peuple n'avait d'autre choix que d'obéir. Mais voilà
qu'en avril 2000, c'est le contraire qui se produisit. Le gouvernement
dû céder en tout, dû accepter les revendications
de la population. « Aguas del Tunari »
dû partir et une nouvelle loi de l'eau fût promulguée.
De plus, les luttes autour de l'eau ont condamné la
Bolivie méprisante et paternaliste vis à vis des
indiens. Traditionnellement, ce sont les « blancs »,
les gens des villes qui font les lois, qui se croient les seuls
capables de gérer le pays. Mais voilà que maintenant
les paysans, les regantes, ont démontré
dans la pratique une très grande capacité d'initiative.
Ils ont réussi à changer la loi.
De même, la Coordinadora a démontré
une formidable capacité à penser un autre modèle
d'entreprises véritablement au service des populations.
Une entreprise autogérée avec un grand contrôle
social dont le sort dépendra, plus que jamais, de la participation
effective et durable des usagers de l'eau.
On peut alors rêver d'une autre Bolivie, d'une Bolivie
plus juste. Mais pour réussir, pour que l'eau ne devienne
pas une marchandise, il faut encore se battre et faire appel
à la solidarité internationale.
Mais on peut aussi rêver d'un autre monde possible.
Car ce combat contre la multinationale qu'est la Bechtel est
à la fois exemplaire et symptomatique d'une lutte plus
générale qu'il faut mener à l'échelle
mondiale. À l'image du combat qui a empêché
que l'Accord Multilatéral sur les Investissements (AMI)
soit adopté au niveau international.
Manuel De La Fuente - profesor de economia de la Universidad
Mayor de San Simon y director
del Centro de Investigaciones en planificación y gestion
(CEPLAG-UMSS)
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